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Philippe Fabry » Livres » Maurice Berger : Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective

Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective, par Maurice Berger


Maurice Berger introduit ainsi son livre : « Ce livre décrit une histoire. Sa première édition a été effectuée en 2005 pour tenter d’empêcher le texte de la future loi réformant la protection de l’enfance d’arriver devant l’Assemblée nationale. Avec un titre destiné à alerter, Ces enfants qu’on sacrifie...au nom de la protection de l’enfance, il s’agissait d’envoyer un fort signal d’alarme sur les risques majeurs qu’il faisait courir aux enfants concernés) » (page VIII, avant-propos). Maurice Berger reprend maintenant ce texte, « dans un style plus nuancé », notamment parce que « 16 ans après, la situation a évolué. La loi sur la protection de l’enfant votée en mars 2016 est de bien meilleure qualité. Un outil national d’évaluation des situations est en train d’être généralisé ».
Dans le deuxième avant-propos, l’auteur pointe un élément clef de ses analyses : « il faut rappeler que parmi les signalements effectués chaque année en France, 22 % concernent des dangers « visibles », c’est-à-dire des maltraitances corporelles, sexuelles et de graves défauts de soins comme la malnutrition ; les enfants victimes de ces situations sont ensuite assez bien protégés physiquement, parfois beaucoup moins au niveau psychologique. 78 % des signalements se rapportent à ce que je nomme les traumatismes psychiques chroniques, c’est-à-dire des attitudes parentales répétitivement très inadéquates. Lorsqu’on évalue le devenir des enfants qui y sont soumis, il se révèle être particulièrement médiocre, ce qui constitue un des grands points aveugles de notre société » (P XIII)
C’est dans la prise en charge de ces situations de traumatismes psychiques chroniques que Maurice Berger présente des critiques concernant à la fois les évaluations et les décisions qui en découlent : des placements trop tardif, des visites médiatisées insuffisamment protectrices, l’absence de protocoles standardisés pour les pédopsychiatres, l’absence d’outils d’évaluation de l’incompétence parentale chronique (périodique et/ou permanente), qu’il distingue de l’incompétence parentale circonstancielle (divorce, maladie des parents, catastrophe contextuelle (naturelle et/ou humaine, migration).
Rappelons, à propos des visites médiatisées, l'importance des jalons d'évaluation de l'hôpital Bellevue.
Une comparaison avec la loi québécoise (LPJ) et les outils d’évaluation québécois est au service d’une démonstration : le système français n’a pas « comme objectif suffisamment énoncé la protection du développement affectif et intellectuel de l’enfant (p 65). Un mauvais usage de l’aide à la parentalité conduit à un mauvais usage de l’aide administrative : « Il apparait dans les situations où les enfants sont en danger physique et psychique sévères, dans de nombreux cas, l’aide éducative administrative a pour effet de retarder le moment du signalement et que cette pratique participe à l’aggravation constante des situations.
Le livre s’appuie sur un grand nombre de situations et propose des balises : « On peut considérer que le développement affectif et intellectuel d’un enfant est à peu près protégé si les objectifs suivants sont atteints :
  • Que l’enfant sache lire, écrire, compter ; qu’il ait un minimum de curiosité et d’envie d’apprendre
  • Qu’il soit capable de ne pas taper les autres et de ne pas se faire violenter par eux ;
  • Qu’il soit capable de vivre en groupe, conditions pour pouvoir participer à la vie sociale ;
  • Qu’il puisse se sentir bien à certains moments lorsqu’il est contact avec ses parents, sinon il sera pris à vie dans un cycle d’idéalisation-aspiration / déception-rejet » (p 69).

Trois dispositifs permettent de réaliser ces objectifs : le soutien de la parentalité quand les parents sont capables de reconnaître les difficultés et leurs responsabilité ; le soutien de la parentalité doit reposer sur des indications précises. Si le soutien des parents échoue, que malgré leur amour ils n’arrivent pas à apporter une sécurité suffisante à leur enfant, il s’agit de construire un projet de vie permanent à partir d’un milieu de vie substitutif. L’insécurité de l’enfant est décrite comme une incapacité à se construire une pensée personnelle en dehors de celle de leurs parents.
Le troisième objectif consiste à réparer les situations de délaissement parental par l’adoption « Rappelons que du fait de l’idéologie du lien familial, la France confie en adoption dans ce contexte quarante fois moins d’enfants qu’en Italie, cinquante fois moins que le Québec, quatre-vingt-dix fois moins qu’en Grande Bretagne » (p 71).
Dans le contexte actuel d’évolution des mentalités et des lois, les projets d’éviter le placement institutionnel en confiant les enfants à leur famille élargie se multiplient. Maurice Berger consacre un chapitre à cette question : « L’accueil dans la famille élargie, une situation à haut risque ». S’il a raison de prévenir contre les risques d’idéalisation de ce type d’accueil, sa démonstration est faible car ne reposant que sur des situations d’échec. Or l’expérience des pays voisins, où le placement dans la famille élargie domine, montre que, malgré les risques et les échecs, ce type d’accueil fonctionne souvent mieux que le placement.
Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective, par Maurice Berger [1ère de couverture]

Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective, par Maurice Berger [1ère de couverture]

Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective, par Maurice Berger [4e de couverture]

Au nom de la protection de l’enfance. De 2007 à 2016, une remise perspective, par Maurice Berger [4e de couverture]


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