Formation : Les causes des placements d’enfants et d'adolescents en institutions et familles d’accueil
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Les causes des placements d’enfants et d'adolescents en institutions et familles d’accueil

Rapport Naves Cathala (juillet 2000) : ce rapport, qui analyse les causes des placements d’enfant et adolescents en institutions et familles d’accueil, se situe avant tout du côté des parents et du soutien de la parentalité. Dans un article de la revue "Lien social", Pierre Naves s’en explique : "l’objectif de ce rapport est bien de réduire les placements, non pas parce qu’ils sont mauvais en soi, mais surtout pour la douleur immense qu’ils causent aux parents. Or, la façon dont se décident les mesures éducatives ne respecte pas suffisamment les parents [...]"

Dans le même article Pierre Naves résume l’esprit des nombreuses propositions faites dans le rapport : "Nous proposons qu’un module dans le cursus de la formation initiale ou continue des travailleurs sociaux soit introduit pour améliorer le processus d’écoute directe de la parole de la famille. Être en mesure d’entendre et d’avoir du respect pour ces familles. Loin de nous l’idée que ces professionnels ne les respectent pas, mais il peut s’introduire une certaine routine de par leur surcharge de missions, et souvent ils font face à l’urgence".

Implicitement ce rapport porte donc sur l’absence de soutien aux parents, des parents décrits comme des victimes de la précarité, de la désaffiliation : "La pauvreté isole les familles des réseaux primaires de solidarité. D’abord de leur propres familles, parfois jugées dangereuses, avec lesquelles les histoires sont difficiles. Ensuite des relations de voisinage qui sont perçues comme menaçantes. Des services sociaux enfin, qui ont une image de placeurs d’enfants" (p. 28).

"S’agissant des "géométries familiales", la mission, dans les situations observées, a noté que majoritairement les enfants restent avec leur mère, celle-ci vivant soit seule (dans 52 cas sur 114), soit avec le père de l’enfant (26 cas sur 114) soit encore avec quelqu’un d’autre que le père (16 cas sur 114). Ils ne vivent que dans trois cas sur 114 avec leur père seul". 43 d’entre eux appartiennent à des familles de plus de trois enfants.

Le rapport de Pierre Naves et Bruno Cathala répond tout d’abord à une question, qui fait suite aux positions de l’association ATD Quart-Monde : la pauvreté est-elle la principale cause des placements ? Leur réponse est nuancée : non, mais...

"Aucun des enfants accueillis provisoirement ou placés, dont la mission a examiné la situation, n’a été séparé de “son milieu actuel” du seul fait de la pauvreté de ses parents, même s’il est impossible de nier l’importance du facteur “précarité” dans les séparations enfants parents subies".

Pour Pierre Naves et Bruno Cathala, si la pauvreté des parents n’est pas la principale cause des placements, c’est cependant un facteur presque toujours présent en arrière-plan, un facteur qui aggrave d’autres problèmes, principalement les carences éducatives, les difficultés psychologiques des parents, les conflits familiaux, l’alcoolisme, la toxicomanie, les maltraitances.

Le problème que je veux aborder dans ce texte est celui de la distinction, apparemment évidente, qu’opèrent les auteurs entre carences éducatives et les maltraitances.

Voici le tableau qui correspond à un échantillon de 114 situations :

Causes de l’accueil provisoire ou du placement rang
Logement138
Ressources financières313
Maltraitance : inceste, abus sexuels, sévices corporels...185
Difficultés psychologiques ou psychiatriques des parents292
Maladie des titulaires de l’autorité parentale ou de l’un d’eux79
Carences éducatives521
Conflit familial243
Alcoolisme, toxicomanie204
Fugue611
Absentéisme scolaire ou difficultés scolaires lourdes166
Troubles du comportement147
Problèmes médicaux pour l’enfant412
Mineure enceinte313
Tentative de suicide115
Autres79
TOTAL (supérieur à 114, plusieurs causes pouvant être citées)217


Bien que cet échantillon soit limité, Pierre Naves et Bruno Cathala affirment : "Ces observations sont d’ailleurs confirmées, d’une part, par les entretiens que nous avons menés, avec les professionnels ou même avec les familles, et, d’autre part, par la lecture de nombreuses études" (citées dans le rapport).

Questions sur ces distinctions
Le problème est que le terme "carences éducatives" est peu précis et qu’à partir de ce terme imprécis de nombreuses analyses sont construites. Je voudrais montrer qu’une définition rigoureuse du concept de maltraitance interroge la frontière entre "carences" et "maltraitances".

Les définitions de la violence par l’ONU ou de la maltraitance par le Conseil de l’Europe intègrent les négligences (de même que les abandons et les privations).

Définition de l’ONU : "La violence fait référence à tout acte violent de nature à entraîner, ou risquer d’entraîner, un préjudice physique, sexuel ou psychologique ; il peut s’agir de menaces, de négligence, d’exploitation, de contrainte, de privation arbitraire de liberté, tant au sein de la vie publique que privée".

Définition du Conseil de l’Europe : 1) définition pratique ; 2) classification.

  1. définition pratique : elle donne une définition des abus qui englobe "les abus physiques ou sexuels, les préjudices psychologiques, les abus financiers, et les négligences et les abandons d’ordre matériel ou affectif".
  2. la classification, qui distingue six types d’exercice de la maltraitance :
    • la violence physique, qui comprend les châtiments corporels, l’incarcération, y compris l’enfermement chez soi sans possibilité de sortir, la surmédication ou l’usage de médicaments à mauvais escient
    • les abus et l’exploitation sexuels, y compris le viol, les agressions sexuelles, les outrages aux moeurs, les attentats à la pudeur, l’embrigadement dans la pornographie et la prostitution
    • les menaces et les préjudices psychologiques
    • les interventions portant atteinte à l’intégrité de la personne
    • les abus financiers, les fraudes et les vols
    • les négligences, les abandons et les privations, d’ordre matériel ou affectif, et notamment le manque répété de soins de santé, les prises de risque inconsidérées, la privation de nourriture ou d’autres produits d’usage journalier.
Dans la recherche menée à l’ADAPEI à ce sujet, les carences sont aussi analysées comme des maltraitances.

Dans cette étude, analyser la maltraitance suppose de définir 4 éléments : la question des critères (par exemple la fessée est-elle une maltraitance ?), la question des seuils (à partir de quel seuil passe-t'on de la "correction" éducative à la maltraitance ?), la question de l’intentionnalité, la question des effets.
C’est particulièrement sous l’angle des effets que la frontière entre carences éducatives et maltraitance devient incertaine.

Des effets comparables
Les effets des carences et des maltraitance peuvent être très comparables : un jeune enfant abandonné peut montrer les mêmes signes qu’un enfant abusé sexuellement (par exemple une masturbation compulsive) ; d’autre part elles peuvent être les deux faces d’une même incapacité d’un parent à contrôler ses actes. Carences et maltraitances sont peut-être les signes d’une liberté limitée du (ou des) parent(s) : d’un côté dans la capacité d’agir, de l’autre, dans la capacité de se contrôler.
Si la frontière entre "danger" et "risque de danger" est fragile, c’est aussi le cas pour une distinction fondatrice du secteur de la protection de l’enfance.

Une distinction fondatrice
Le secteur de la protection de l’enfance est anciennement organisé autour de la distinction entre les situations de danger pour la santé, la moralité et l’éducation de l’enfant (prises en charge judiciaires) et les situations de risque de danger (prises en charge administratives par l’Aide sociale à l’enfance).
De nombreux rapports ont pointé l’insuffisante différenciation entre les deux types de prise en charge dans les établissements de l’Aide sociale à l’enfance et dans les établissements associatifs (où les juges des enfants et l’ASE confient les enfants placés judiciairement et/ou administrativement).
Mais les placements administratifs ne sont pas plus simples et peuvent être parfois plus longs que les placements judiciaires.

Violences "en creux", violences "en bosses"
Les travaux du Sénat ont permis d’entendre de nombreuses personnalités qualifiées du travail social. Beaucoup pointent l’importance de repérer les violences "en creux", et pas seulement les violences "en bosses".

La principale cause des placements
Il me semblait que la dramatisation des maltraitances et la banalisation des carences éducatives sont également dommageables pour le travail avec les familles, pour le soutien de la parentalité. Cette réflexion m’amène à poser autrement cette question : comme le pointait Myriam David (dans ce que beaucoup de travailleurs sociaux considèrent être la "bible" du placement familial : Le placement familial : de la pratique à la théorie), il ne peut y avoir de placement sans fragilité des liens. Le meilleur soutien de la parentalité consiste alors à analyser cliniquement ce qui fragilise les liens.

Apprentissage, par François Dubois

Apprentissage. Gravure.
Par François Dubois.
Céramiste et graveur.
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